Analyse de la crise financière

Le discours prononcé par le Chef de l’État à Toulon est à la fois prometteur et engageant.

Il est prometteur, on parce que pour la première fois dans l’histoire politique récente de notre pays, un Président de la République marque sa volonté de réformer en profondeur un système capitaliste désormais complètement dominé par la sphère financière et la spéculation, et devenu de ce fait parfaitement incapable de partager les richesses qu’il crée. Il est engageant parce que l’ensemble du pouvoir politique non, et au-delà l’ensemble des décideurs sont désormais invités à s’engager dans le sens de cette réforme, visant à « moraliser le capitalisme ».

Cela étant, le propos du chef de l’État n’est pas sans poser d’importantes questions. La première porte sur la capacité réelle du pouvoir politique à engager cette moralisation. À première vue, seuls deux angles d’approches sont possibles pour nous. Le premier porte sur la refonte des normes comptables, sur laquelle, du moins de ce côté-ci de l’océan Atlantique, une certaine forme d’unanimité commence à se faire.

Cela étant, il est tout à fait certain que le fond de cette crise est profondément moral, éthique si l’on préfère. Le libéralisme incitait à rechercher son intérêt personnel comme la condition la plus sûre de l’atteinte de l’intérêt de tous. Chacun était ainsi invité à rechercher le profit personnel, rendu certain par la doctrine libérale que la quête individuelle de prospérité permettrait à cette dernière de s’élargir à l’ensemble du corps social. Évidemment, cette conception, cette vision de l’action personnelle, ne devait valoir que si les institutions financières et le pouvoir politique imprimeraient dans les échanges la régulation nécessaire à la contention des débordements, des égoïsmes, des malhonnêtetés et des imprudences. Tout a été fait, depuis l’après-guerre, pour permettre aux établissements financiers et aux institutions de maximiser leur profit. Dans le même temps, rien n’a permis de maintenir un lien réel entre la richesse créée sur le plan purement financier et la réalité économique, on dirait presque matérielle, de ces mêmes richesses.

De sorte que les décideurs financiers se sont trouvés eux-mêmes en situation de gouverner leurs institutions en ayant pour seul souci celui de la maximisation leur profit, quelles qu’en soient les conséquences et la source. La crise actuelle nous apprend que les institutions financières européennes ont été plus raisonnables que leurs homologues américaines. Comme si, dans la pratique européenne du libéralisme économique, il s’était toujours trouvé un fond de social-démocratie pour assurer, dans toutes circonstances, le minimum de régulation permettant de protéger ces institutions elles-mêmes. Certes, il existe une différence essentielle entre la comptabilité sur le modèle anglo-américain, et la comptabilité sur le modèle français. La première est centrée sur la capacité des entreprises à dégager de l’argent disponible, du cash-flow. La seconde vise à permettre d’estimer, à la fin de compte, la richesse réelle de l’entreprise, la valeur de son patrimoine, dont la trésorerie n’est qu’un élément.

Il n’est pas certain que l’on vienne modifier cela de manière radicale. Pour autant, la « moralisation du capitalisme » demeure possible.

Dans ce contexte, Barack Obama a posé, lors de son débat avec John Mc Cain, quatre conditions préalables pour assurer une bonne gestion des 700 milliards destinés à être dépensés par le gouvernement américain pour venir au secours du secteur bancaire : 1/ contrôler efficacement ses dépenses, 2/ donner aux contribuables la possibilité de récupérer leurs fonds si le marché se redresse, 3/ veiller à ce que les décideurs les institutions financières ne profitent pas à titre personnel de cet investissement, 4/ soutenir le secteur du logement, source du problème mondial que nous connaissons.

Bien sûr, il est bon de prendre ces précautions, qui constituent un pas vers la moralisation de la sphère financière. Pour autant, il leur manque un élément essentiel. Ni ces précautions – ni d’ailleurs les changements que nous pourrons collectivement imprimer aux normes comptables, la refonte des systèmes de pension, la révision des ratios de couverture à la hausse, ne permettront pas de régler durablement les situations de crise, tant que dès le début de la formation initiale des futurs cadres financiers, la question du profit, de la création de la richesse, de sa réalité, le problème du bon usage de la spéculation financière, et toute question essentielle à une bonne éthique financière, ne seront pas enseignées et traitées comme des disciplines fondamentales visant à asseoir solidement la compétence technique de nos décideurs.

Ainsi, au-delà même de la solidité des institutions financières ont la capacité de nos économies à partager la richesse créée, se pose avant tout cette question centrale : qu’attendons nous de nos cadres, quels messages leur donnons-nous au moment de leur formation initiale ? Faute de répondre à ces questions dans un sens qui est désormais largement attendu, nous aurons réglé cette crise, et assaini les marchés financiers, mais nous n’aurons rien engagé pour qu’une telle crise ne se reproduise pas. Clairement, le discours de Nicolas Sarkozy prononcé à Toulon nous invite à travailler énergiquement dans ce sens : celui de la formation, bien plus encore que celui de l’économie et de la finance.

In fine, si l’on a l’ambition de sortir tous grandis (responsables financiers, politiques comme simple citoyen) de cette crise, il convient d’engager au sein de la communauté nationale et internationale un réel débat sur l’équilibre que nous souhaitons entre capital et travail, entre création et partage des richesses.

En ce sens, les réformes engagées depuis plus d’un an, dans notre pays, constituent une amorce de réponse. Si elles se caractérisent par leurs structuralités, il n’en demeure pas moins qu’elles ne portent pas encore le remède nécessaire aux maux d’aujourd’hui à savoir la primauté à attribuer à l’homme sur l’argent et le gain. Le profit oui, mais le profit au service de l’homme, du plus faible.

La coïncidence de ces réformes, de la mise en garde du pape Benoit XVI, et de cette crise, de l’essor de la théorie de la responsabilité sociale des entreprises, fournit les éléments pour bâtir une nouvelle société et tâcher d’humaniser le capitalisme. Avec cette perspective, ne tenons-nous pas le projet de civilisation nouvelle que le Chef de l’État appelait récemment de ses voeux ?

JEAN FREDERIC POISSON

DEPUTE UMP-FRS DES YVELINES


2 réponses à “Analyse de la crise financière”


  • Pour sauvegarder le systeme financier mondial il faut:
    1- éviter le capitalisme obsedé par le gain rapide au detriment de la création des richesses et la croissance durable.
    2- nous devons employé les ressources financières et bancaire dans le financement de l’economie, financement des PME visant la création de l’emploi et la croissances de nos richesses
    3- création au sein des banques une entité autonome de controle dans l’emploi rationnel et fructueux des ressouces disponibles, cette entité son slogant est : non à la spéculation mais pour le financement generateur de croissance et le bien etre social.
    6- opter pour une gouvernance des banques par des compétences et non par des appartenancescapables de suivre des orientations stratégiques en matière de développement économique durable.
    7- faire participer l’Etat dans le capital de certaines banques importante dans le tissu financier afin de permettra à l’Etat d’etre en mésure à travres ces banques d’anticiper les grandes évolution économique du pays.
    8- obliger les banque à participer dans l’effort de developpement tracé par l’Etat
    9- suivre les normes de prudence en matière de financement bancaire cad responsabilisé les banque en cas de non prudence ou en cas irrésponsabilité lors de l’octroi du crédit
    A mon avis ce sont les points essentiels à retenir pour éviter le déraillement du système financier international.
    BONNE LECTURE: FERJANI SLIM Directeur de banque, expert formateur international en commerce et en finance international et enseignant universitaire en finance internationale( mastère finance internationale)

  • Bonjour,

    je suis lamia votre etudiante à l’Université Centrale
    j’éspére que je suis sur la bonne adresse.
    j’ai bien lu votre article, c’est trés intéréssant.

    merci de me renvoyer votre e-mail personnel.

    Cordialement,

    lamia

Laisser un commentaire